Bains de mer, cure thermale, scoutisme, camping... : l’exposition « automne/hiver » du Musée de La Poste raconte 150 ans de l’histoire des vacances. Un voyage dans le temps qui est aussi l’occasion de constater l’évolution des mentalités et des comportements. Visite guidée.
C’est à une balade douce, récréative et un brin nostalgique qu’invite actuellement le Musée de La Poste. Une balade qui se révèle aussi formidablement enrichissante et pleine de surprises. Pour sa grande exposition temporaire automne/hiver, ce lieu de rendez-vous culturels qu’est désormais devenu le musée (il propose aussi collections permanentes, salons artistiques, conférences, événements...) a ainsi choisi de décliner le thème des vacances sur le ton de la quiétude et de la légèreté. « Dans une période parfois un peu morose, on a délibérément voulu montrer des univers à la fois paisibles et ludiques, qui ne laissent personne indifférent, explique Patrick Marchand, le commissaire de l’exposition, et qui font souvent écho à la vie des gens, à leurs souvenirs ou à ceux de leurs proches ». Baptisée « les Vacances... quelle histoire ! », l’exposition retrace ainsi plus d’un siècle et demi de villégiature, farniente, séjours de bien-être et autres congés payés. Un vrai bain de jouvence. Accueilli par des cris de mouettes, on y découvre d’abord les savoureuses affiches des compagnies de chemin de fer d’avant-guerre (compagnies « de l’Etat », « de l’ouest »...) incitant à se rendre sur les plages normandes, au Mont-St-Michel - alors entouré d’eau, au casino de Royan...
Véritables « GPS écrit »
Tout comme le rail, la voiture ne pouvait être absente d’une telle rétrospective. Dans l’espace dédié à l’automobile et au tourisme, on y apprend que l’Automobile Club de France, créé dès la fin du 19ème siècle, a largement contribué à l’implantation des célèbres bornes kilométriques progressivement installées sur toutes les routes de l’hexagone. On se délecte aussi à la lecture de pages des premières éditions du guide « Michelin » (né en 1900), véritables « GPS écrit » de l’époque : « A la sortie d’Ermenonville, suivre tout droit, laissant à g. le GC 19 vers Mortefontaine. On laisse à droite le 1er chemin vers Chaâlis... » Un exemplaire en parfait état de la mythique 4 CV Renault, symbole de la France heureuse d’après-guerre et des premières grandes migrations estivales, trône aussi au cœur de l’exposition. Tout près d’elle, un vrai petit terrain de camping des années cinquante et soixante, avec tente « igloo » en coton, réchaud à gaz comme on n’en fait plus, pittoresques transats, gamelles et ustensiles de cuisine ... Sans oublier les ingénieuses valises de pique-nique « Kissply », qui se déploient en table et contiennent sièges, vaisselle, bouteille, gourdes, thermos... (une vraie prouesse). Les vacances, c’est aussi « la plage ». Impossible d’y échapper. Alors le musée de La Poste n’a pas lésiné, il en a reconstitué une. Tout y est : le sable bien sûr, les abris en tissu rayé des années 1910, les fauteuils surmontés de dais en osier, d’extraordinaires jeux de plage pour enfants (mini bateau en bois, ancêtre de la planche à voile à roulette... ). Jusqu’à l’odeur de l’iode, soufflé en permanence aux narines des visiteurs. Et face à la plage, plusieurs vitrines de souvenirs de bord de mer, fabriqués à partir de coquillages, de sable ou de galets. Un des moments les plus « kitsch » de la visite...
La « cabine de bain de lumière »
« Au-delà des lieux et des objets, c’est l’évolution des mentalités que nous avons aussi cherché à évoquer, souligne Patrick Marchand, notamment la relation au corps, que l’on cache au 19ème siècle et que l’on montre plus volontiers dès l’entre-deux guerres ». Photos, cartes postales, périodiques illustrent ainsi comment on est passé des costumes de bain aux maillots (le port du « slip » a par exemple été popularisé par Johnny Weissmuller, champion olympique de natation en 1924 et 1928 et qui a par la suite incarné « Tarzan » au cinéma), des rivages où hommes et femmes ont longtemps été séparés aux camps de naturisme (plusieurs journaux des années 50 destinés à leurs pratiquants ainsi que des caricatures sont ainsi présentés)... Evolution également notable, celle du bronzage. Jusqu’au début du 20 ème siècle, pour la haute société, il est tout simplement exclu de s’exposer au soleil : pas question en effet d’avoir le visage ou les bras hâlés comme les paysans ou les marins (depuis le bronzage a rallié tous les suffrages). D’où l’usage de chapeaux, d’ombrelles, de tentes installées sur les plages... Les vacances des « privilégiés » sont d’ailleurs assez largement abordées au sein de l’exposition. Notamment à travers les séjours qu’ils effectuent dans les stations thermales à partir du milieu du 19ème siècle (les cures dans les établissements de bains se développent alors considérablement). Plusieurs objets remarquables ont ainsi pu être réunis pour l’occasion : douche « en cercle », matériel pour bains de vapeur, siège, maquettes de salle de soins... Parmi les plus étonnants de ces objets, figure aussi une « cabine de bain lumière ». Le curiste pouvait s’asseoir dans cette sorte d’énorme malle (seule sa tête émergeait de la cabine) et y recevoir les bienfaits de la lumière diffusée par des dizaine d’ampoules électriques placées à l’intérieur. Une thérapie destinée à lutter à la fois contre le rachitisme et qui favorise également le bien-être en fournissant au corps les rayons lumineux dont il a besoin (luminothérapie).
Machines à sous et roulettes
Autre merveille de l’exposition : la chaise à porteur réalisée spécialement pour l’impératrice Eugénie à l’occasion d’un séjour qu’elle effectuait dans une station thermale des Pyrénées. Les curistes passaient ainsi d’une salle de soins à une autre à l’aide de ces « véhicules » (une tradition qui perdurera jusque dans les années 1930). Et puis, comme il n’existe pas de villes d’eau exempte de casino, une demi-douzaine de splendides machines à sous et de roulettes referme l’espace réservé au thermalisme. En fin de visite, un écran diffuse les souvenirs de vacances de plusieurs personnalités (Michel Fugain raconte sa première « tournée » l’année de ses 18 ans, Marie Desplechin déclare qu’elle n’aime pas tant que ça les vacances, Muriel Hermine parle de ses étés à Palavas-les-Flots avec son grand-père...). Toutes évoquent leurs aventures passées ou leurs anecdotes avec le même soleil dans les yeux. Un soleil qui brille aussi souvent dans le regard des visiteurs de l’expo.
Rodolphe PAYS
L’exposition « les Vacances... quelle histoire ! » se tient au Musée de La Poste du 28 octobre au 7 mars (ouvert tous les jours sauf dimanche et jours fériés, nocturne jusqu’à 21 h le lundi). Tarifs : 6,5 € (tarif réduit : 5 €). Gratuit pour les moins de 13 ans.
Musée de La Poste
34 Bd de Vaugirard
75731 PARIS CEDEX 15
Pour en savoir plus : le site internet du musée (www.museedelaposte.fr) ou le blog de l’expo (lesvacancesquellehistoire.com).